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2019-11-25

Denis Côté : «Je n’ai pas besoin d’être diverti au cinéma»

Entrevue cinéphile avec Denis Côté à l’occasion des projections de son 12e long-métrage, Wilcox, au Cinéma Moderne et à la Cinémathèque Québécoise. Pour Mediafilm, il revient sur ses coups de coeur récents… mais aussi sur ce qu’il ne supporte plus au cinéma! 

 

En quelques mots, quel est l’état actuel de votre cinéphilie? 

 

J’ai moins d’urgence cinéphile qu’avant. Dans ma vingtaine, la construction de mon bagage cinéphile coïncidait avec mes années comme critique de cinéma. Il fallait que je vois tout et que je donne mon opinion sur tout. J’essaie maintenant de voir des choses qui vont nourrir ma création, quitte à me refermer uniquement sur ce que j’aime. 

 

Qu’est-ce qui vous fait horreur au cinéma? 

 

J’ai de moins en moins d’intérêt pour les films qui ne vont pas chercher des propositions narratives différentes. Je n’ai pas envie qu’on me raconte une histoire, et je n’ai pas besoin d’être diverti ou de m’évader au cinéma. Mon cinéma de «recherche» l’assume complètement. Je veux questionner le langage, m’attaquer au matériau narratif et déconstruire les histoires. 

 

Wilcoxsans parole, se démarque de tout schéma narratif habituel. Quels films vous ont inspiré? 

 

Cuadecuc, vampir de Pere Portabella fut ma première porte d’entrée. Le cinéaste est allé sur le tournage d’un film avec Christopher Lee et a filmé l’équipe technique qui attendait entre les prises. C’est un film tordu, et je l’avais en tête au moment de créer de la distance entre le personnage et le public. 

 

Si vous ne pouviez amener que deux classiques sur une île déserte, ce serait lesquels? 

 

Je crois que l’âge tendre de la cinéphilie se situe autour de 20 - 22 ans, et c’est à cette époque que l’on voit les deux ou trois films qui nous marquent à vie. Les miens sont Théorème de Pier Paolo Pasolini et L’important c’est d’aimer d’Andrzej Zulawski. 

 

Le deuxième n’est pas particulièrement un chef d’oeuvre mais m’a frappé en plein visage. Je l’ai vu avec mon coloc de l’époque, le directeur photo Steve Asselin, et nous n’avions pas pu nous adresser la parole pendant une semaine! 

 

Quel est votre plus beau souvenir de spectateur en salles?

 

À l’âge de 9 ou 10 ans, mon père m’a amené au Cinéma de Paris sur Sainte-Catherine à Montréal, voir un vieux Hitchcock; L’Homme qui en savait trop. C’est un événement spécial pour moi, qui a réveillé quelque chose d’assez fort. 

 

Le design sonore dans Wilcox est ultra-travaillé. Quels films vous ont marqué pour leur travail ou leur rapport au son? 

 

Les premiers films de Philippe Grandrieux, Sombre et La vie nouvelle. Je me souviens avoir lu un gros dossier dans les Cahiers du cinéma sur comment le cinéaste avait réalisé le mixage et la création sonore, et d’avoir alors allumé sur le son comme jamais auparavant! 

 

Le débat autour de Netflix et la salle de cinéma, il vous agace ou il vous parle? 

 

Je me méfie des cinéastes qui s’élèvent en ayatollahs, et je ne me sens pas à l’aise de participer à ce débat-là. Quand je crée, je le fais pour le grand écran, mais si un jeune de 20 ans a aimé mon film et qu’il l’a vu sur un écran de téléphone, qui suis-je pour le juger sur ses goûts ou son émotion? 

 

En ce qui me concerne, il faut que je sois prisonnier de la salle de cinéma car quand je regarde un film à la maison, je l’interromps toutes les 15 minutes, je fais la vaisselle, je le remets, j’appelle ma mère, etc. 

 

Vincent Biron nous disait que c’est à vos côtés qu’il a appris que si l’envie de faire un film est plus forte que tout, les problèmes de financement au Québec n’ont finalement que peu d’impact sur un cinéaste. Votre avis là-dessus?  

 

En effet, je crois que le désir de faire des films et trouver des ressources pour en faire sont deux sujets complètement différents. Sur certains films, comme Bestiaire ou Carcasses, j’arrivais sans scénario, sans notes dans les mains, il y avait une structure mais je faisais avant tout confiance au réel qui nous entourait. Je crois qu’il y a surtout une dictature du scénario au Québec, tout est très verrouillé.  

 

Quel est le budget de Wilcox

 

Wilcox s’est fait avec 11 000 vrais dollars, dont 6000 dollars de ma poche, qui est une partie du salaire de Répertoire des villes disparues. On dirait qu’il n’y a pas de cinéaste au Québec qui va prendre de l’argent directement dans sa poche. Ensuite, GreenGround productions a mis 5000 dollars et la post-production, c’est gracieuseté de Post-Moderne, ça représente 30 000 dollars environ. 

 

Quels sont vos coups de coeur cinématographiques récents?  

 

Le premier c’est I was home, but… d’Angela Schanelec. Je l’ai vu à San Sebastian, il me hante encore. Le deuxième c’est The Souvenir de Joanna Hogg que j’ai vu trois fois en salles. Il me rentre dedans à fond. Sûrement parce que j’en ai vécu des histoires comme ça, où t’imposes ta passion à ta copine, tu fais du mansplaining, tu en deviens parfois méchant mais la fille continue à s’accrocher à toi. D’ailleurs, le film a confronté beaucoup de filles de mon entourage, aussi parce qu’il est réalisé par une femme! 

 

Un acteur ou une actrice qui vient vous chercher comme cinéaste ou spectateur? 

 

Je dirais l’actrice Kim Min-hee, mais sûrement parce que je suis un peu amoureux d’elle! 

 

Si vous ne deviez conserver qu’un seul film que vous avez réalisé, ce serait lequel? 

 

CarcassesJe n’en reviens toujours pas qu’on ait pu tourner ce film un jour! On s’est rendus à Cannes avec ça. Il y a quelque chose du domaine de la gageure qu’on a gagnée avec ce film-là. J’ai l’impression que je ne pourrais jamais refaire quelque chose comme ça. 

 

Et lequel laisseriez-vous de côté? 

 

Elle veut le chaos. J’étais malade et sous cortisone sur le tournage. Il faudrait le remonter entièrement! Cela dit, je n’ai jamais regretté aucun de mes films. Je trouve que le regret en art est stupide. Les films sont comme des vieux tattoos, ils représentent qui on était à ce moment-là!  

 

Denis Côté sera présent au Cinéma Moderne les 27 novembre et 1er décembre. Pour tout savoir des horaires, cliquez ici. 

 

Propos recueillis par Céline Gobert le 20 novembre 2019

 

Crédit photo : Lou Scamble

 

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