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2020-03-06

3 caractéristiques du cinéma de Ken Loach

Le dernier film du cinéaste britannique, Sorry we missed you, sort en salles au Québec. Mais qu’est-ce qui constitue le style inimitable de Ken Loach

 

1- Il filme des gens broyés par le système 

 

Dans Sorry we missed you (2020), Ken Loach suit un vaillant père de famille qui, après être devenu chauffeur franchisé pour une compagnie de messagerie, se retrouve bien vite enseveli sous les amendes et les dettes.

 

Ce n’est pas la première fois que le Britannique, aujourd’hui âgé de 83 ans, s’intéresse à des Monsieur-et-Madame-Tout-le-Monde pliant sous le poids de leur environnement économique et social.  

 

Dans Riff-Raff (1991), un ancien détenu est embauché au noir comme ouvrier de la construction. Dans Ladybird (1994), une mère se fait retirer ses enfants. Dans My Name is Joe (1998), un ex-alcoolique au chômage s’éprend d’une assistante sociale. 

 

Ses opus, souvent filmés dans des régions ouvrières ravagées par le néolibéralisme et le chômage de masse, jouent une variation de la même histoire : celle d’un défavorisé que la société a complètement écrasé et laissé à l’abandon, dans l’indifférence des puissants de ce monde. 

 

Ce qui ne change pas non plus est l’humanité et l’empathie avec lesquelles Loach aborde ses personnages, ainsi que leurs contradictions. L’un des exemples les plus frappants est peut-être Sweet sixteen (2002) dans lequel le jeune ado rebelle se met à revendre de l’héroïne simplement dans l'espoir d'offrir une vie confortable à sa mère, qui doit bientôt sortir de prison. 

 

2- Son cinéma est engagé et résolument anticapitaliste 

 

La filmographie de Loach est à son image : militante. Non seulement le «free cinema» - ce courant cinématographique britannique contestataire qui apparaît à la fin des années 1950 - a eu une profonde influence sur son cinéma, mais Loach lui-même n'a jamais caché ses engagements sociopolitiques en faveur des travailleurs ou des sans-papiers. 

 

Dans Bread and Roses (2000), Loach dénonce les conditions de travail déplorables d’une immigrante illégale mexicaine, femme de ménage dans une tour de Los Angeles. 

 

Dans It’s a Free World (2007), il présente une jeune mère célibataire qui démarre une agence de recrutement en embauchant des immigrants illégaux. Encore une fois, le spectre menaçant du système capitaliste est toujours dans le décor, engouffrant les plus vulnérables dans son vortex d'individualisme implacable. 

 

Dans I, Daniel Blake, Palme d’Or en 2016, il filme le calvaire d’un ouvrier de 59 ans qui peine à percevoir ses indemnités de maladie auprès des services sociaux, et qui se lie d’amitié avec une jeune mère célibataire en recherche d'emploi. 

 

En plus de prendre position contre la privatisation et les ravages du capitalisme, Loach n’hésite pas non plus à fouiller les heures troubles de l’Histoire : Land and Freedom (1995) se déroule durant la guerre civile espagnole, Route Irish (2010) se concentre sur la privatisation de la guerre en Irak et Le Vent se lève (2006) a pour contexte la lutte pour l’indépendance de l’Irlande. Pour ce dernier, il a également décroché une Palme d’Or, rejoignant la courte liste des cinéastes ayant effectué un doublé cannois: Shohei Imamura, Francis Ford Coppola, Jean-Pierre et Luc Dardenne, Bille August, Emir Kusturica et Michael Haneke.

 

3- Son style est naturaliste, proche du documentaire 

 

Le cinéma de Loach ne vise qu’une seule chose : l’authenticité. Pas étonnant qu'il ait débuté à la télévision en signant des... docu-drames! 

 

En plus d’un style réaliste empreint d’une grande sobriété visuelle (pour ne pas dire parfois d’une véritable âpreté), le réalisateur embauche souvent des comédiens non professionnels et adopte dans ses tournages une économie de moyens qui renvoie symboliquement à ses convictions. 

 

Depuis 1995, et à l’exception du méconnu et inédit The Navigators , tous ses films ont été scénarisés par Paul Laverty. On peut affirmer sans se tromper que la paire a laissé son empreinte durable sur ce cinéma britannique social, dont Mike Leigh et Stephen Frears ont par la suite également émergé. 

 

(Texte Céline Gobert)  

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