Toute relation de fidélité entre collaborateurices dans l’art m’intéresse. Même si ce sont parfois des relations tortueuses ou torturées. Au cinéma, ce qui me vient à l’esprit tout de suite, ce sont les duos: Herzog/Kinski, Cassavetes/Rowlands, Anderson/Day-Lewis.

Dans Kaïros, à l’affiche le 15 mai, Emmanuel Schwartz interprète Manu, un acteur qui décroche un emploi nocturne d’animateur radio dans une station montréalaise.
Vous retrouvez Jennifer Alleyn après une précédente collaboration sur Impetus. Quelle relation privilégiée entre cinéaste et acteur-actrice vous inspire le plus ?
La première question que pose Manu à ses auditeurs est : qui a été la personne déterminante dans votre vie ? Si vous aviez à répondre à cette même question, mais en choisissant plutôt un film, lequel ce serait ? Pourquoi ?
Comme la météo, ça bouge tout le temps; ces jours-ci, je pense souvent au Prophète d’Audiard ou encore à You Were Never Really Here de Ramsay. Mais en reculant un peu dans ma mémoire, un film canadien de Bruce McDonald, Hard Core Logo, a déterminé mon intérêt pour le faux-documentaire mais aussi les films de Christopher Guest, surtout Waiting for Guffman.
Dans le film, votre personnage travaille avec sa voix, d'abord comme doubleur, puis comme animateur radio. Quel personnage ou acteur/actrice vous vient en tête lorsqu'on parle de "voix au cinéma" ?
Des acteurices qui se transforment physiquement et vocalement m’inspirent beaucoup, Christian Bale pour The Fighter, Daniel Day-Lewis pour Gangs of New York. Plus près de nous, je trouve que Sandrine Bisson et Pierre Verville sont des maîtres de la composition au Québec.
Quel héros nocturne vous a le plus marqué ?
Sans doute, Renton dans Trainspotting. Je pense avoir calqué une partie de ma personnalité d’adolescent sur le personnage. Pas nécessairement un modèle glorieux.
Une des scènes du film vous montre en compagnie d'une réalisatrice, Jen. Elle a supprimé les scènes dans lesquelles vous deviez jouer l'émotion dans son film. Pour quel film ou quel rôle avez-vous été le plus dur quant à votre jeu d'acteur ?
Tous les projets qui me tiennent à cœur subissent mon ire, l’auscultation sans pitié de mes performances. Le cinéma, c’est cruel, entre autres, parce que c’est figé dans le temps. Au théâtre, on peut recommencer le lendemain.
Quel film représentant la ville de Montréal a imprégné votre esprit ?
Jésus de Montréal, Polytechnique, Le chat dans le sac et plusieurs autres.
On aperçoit très brièvement dans le film votre personnage en train de visionner Les ailes du désir de Wim Wenders, qui met en vedette Peter Falk dans son propre rôle. Quel autre personnage d'alter égo a inspiré le vôtre ?
Je me suis beaucoup inspiré du personnage de Joaquin Phoenix dans C’mon C’mon, de cette permission de jouer le plus simplement possible.
La musique tient également un rôle important dans le film, particulièrement dans la scène finale. Quel est votre moment musical favori au cinéma ?
«These Days» de Nico quand Gwyneth Paltrow débarque d’un bus au ralenti dans The Royal Tenenbaums et la marche finale de Tahar Rahim sur «La Ballade» de Mack the Knife dans Un Prophète.
Cette phrase — “Parler est un besoin. Écouter est un art.” — semble presque définir une certaine idée du cinéma. Y a-t-il un film ou un-e cinéaste qui, selon vous, incarne particulièrement cet art de l’écoute et du dialogue ?
Jim Jarmusch passe par le dialogue pour exprimer subtilement les idées fortes de ses scénarios. C’est le premier qui me vient en tête, mais le jeu est fait d’écoute et de dialogue donc on peut dire que tout art qui passe par la parole incarne ces concepts à plein.


