Rafael Ouellet L Entrevue Cinephile

Rafaël Ouellet : l’entrevue cinéphile

3 octobre 2026
entrevue

Pour Rafaël Ouellet, réaliser Hantée, d’après un scénario d’India Desjardins, représentait une occasion rêvée d’insuffler des références cinématographiques dans un univers fantastique. De Varda à Spielberg, il espère ainsi éveiller la curiosité cinéphile des plus jeunes. Entrevue.

Quel film a le plus aidé à préparer Hantée ?

Coraline m’a beaucoup influencé par sa mise en scène, son dynamisme et la façon dont les personnages bougent. Le look de Coraline est aussi très iconique, de même que son cynisme et son sarcasme. Avec mes collaborateurs, on a aussi beaucoup parlé de Poltergeist, E.T., Close Encounters of the Third Kind. Aussi, quand Pascal Plante a appris qu’on allait faire un film de fantômes, il m’a écrit pour me suggérer de voir The Ghost and Mrs. Muir. C’est un film qui m’a conforté dans mon choix de faire du fantôme un être en chair et en os. Et le film a un propos qui s’apparente au nôtre.

Quel film fantastique familial a fondé votre cinéphilie ?

Back to the Future. Je l’ai vu à 10 ans. Et dès le lendemain, j’ai eu envie de le revoir. Sinon, il y a aussi Labyrinth. C’est venu jouer dans mes tripes, c’est venu me chercher. Il fallait que je le décode, que je comprenne. On ouvre aussi Hantée avec une citation de L’histoire sans fin.

Quelle maison hantée a inspiré celle qu’on voulait créer dans Hantée ?

Dans The Amityville Horror, la maison est épeurante, mais très banlieusarde. Il y a celle dans Psycho sur la montagne, très gothique. Mais on voulait que la nôtre s’inscrive dans l’histoire du Québec. C’était important qu’elle ait un look victorien. Elle devait également être porteuse d’un petit malaise. [...] Comme dans The Conjuring, avec le classique : la corniche, les deux étages. On voulait qu’elle ait un premier abord inquiétant, sans annoncer « ici il y aura des morts ».

Dans Hantée, on note trois séquences sur des morceaux de Charlotte Cardin, Billie Eilish et sur «Monster Mash». Quelle séquence musicale vous a le plus marqué ?

Il y a une scène sur « Sweet Pea » de Tommy Roe dans Jesus’ Son avec Samantha Morton qui danse tout croche et les gars qui sont “lendemain de veille” sur le balcon. Je suis aussi un grand fan de That Thing You Do! de Tom Hanks. Ce genre de film n’existe plus et c’est tellement dommage. Il y a une séquence où une des chansons du groupe joue pour la première fois à la radio. Liv Tyler l’entend dans son petit transistor, elle entre dans le magasin d’électroménagers, on ouvre la radio et tout le monde danse. C’est tellement touchant.

Quel film mériterait qu’on y revienne pour en offrir une nouvelle perspective ?

Pour moi, le film le plus négligé de l’histoire du cinéma, c’est The Ice Storm d’Ang Lee. C’est dans mon top 5 à vie. Et c’est un film qui a une place quelconque. Il a eu quelques nominations aux Oscars et n’a rien gagné. Il n’a pas fait de vague. Son seul fait d’armes, c’est d’être dans la collection Criterion avec un très beau Blu-ray. J’ai l’impression que je pourrais le montrer à quelqu’un qui n’est pas convaincu et qu’après, il ferait partie de ses meilleurs films.

Quelle serait une référence cachée dans Hantée ?

On a carrément volé une séquence dans Contact. Au début du film, le père de Jena Malone fait une attaque. Elle court, monte les escaliers et ouvre la porte de la pharmacie dans la salle de bains. On découvre que la caméra filmait le miroir de la pharmacie. Ça crée un peu un «mind fuck». Dans une des scènes, Mathilde part en bas des escaliers, elle monte, on entre dans la chambre et Mathilde croit voir Isabeau. Mais elle la voit à travers le miroir. J’ai aussi reproduit le fameux plan attribué à Bergman où une personne est face à la caméra, l’autre est de profil et leurs visages se mélangent. Mais c’est réellement Agnès Varda qui l’a fait avant dans Cléo de 5 à 7.

Vers la fin du film, lorsque les parents de Mathilde regardent la télé, on y aperçoit une entrevue avec Mireille Dansereau à propos de La vie rêvée. Pourquoi avoir intégré ce segment ?

J’ai découvert ce film il n’y a pas très longtemps, grâce à Rose-Marie Perreault. J’ai adoré le film, mais quand on lit sur sa “non-place” dans l’histoire du cinéma québécois, c’est un peu triste. Dans le film, on parle de femmes bafouées et d’une adolescente qui a été “bullyée”. Il y a de ça aussi avec le film de Mireille Dansereau. À part dans les cercles cinéphiles très fermés, on n’en parle pas. Elle est oubliée. On a choisi de montrer l’extrait où on voit Véronique LeFlaguais en train de se démaquiller devant le miroir, comme Mathilde au début du film.

Crédit photo : Karine Dufour

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