Tisser Les Fils Du Destin 7 Questions a Luc Picard

Tisser les fils du destin : 7 questions à Luc Picard

25 juillet 2026
entrevue

Avec Rédemptions, Luc Picard (Babine, Confessions) signe un récit choral sur la mort, le pardon, la force des liens familiaux et … les coulisses du cinéma. Entretien.

Après L’audition et Confessions, vous revenez avec un personnage de criminel, Marcel, un ancien tueur à gages. Qu’est-ce qui vous fascine dans cet univers ?

La criminalité provoque des situations de vie ou de mort. C’est révélateur de nos humanités. On devient qui on est vraiment sans le vernis de la société polie. Il y a quelque chose de plus direct, de plus cru, qui dramatiquement m’intéresse.

Comment le film choral s’est-il arrimé à cet univers ?

J’ai toujours rêvé de réaliser un film choral. Magnolia de Paul Thomas Anderson, est un de mes films préférés. J’aime aussi beaucoup ce que fait Robert Lepage. Comme auteur, c’est le fun, on prend un “break” de nos personnages et on va en voir d’autres. Je me suis donné le défi de raconter une histoire qui se passait en une journée, dans deux villes et avec un lien commun qui n’est pas désarticulé et qui ne donne pas trop l’air d’une coïncidence.

Le film débute avec une longue séquence en noir et blanc et dans un format 4:3. Qu’est-ce qui vous a inspiré ce choix esthétique ?

J’ai tourné la première portion du film comme un court métrage. Je voulais que ce soit un peu nerveux, “grainy” et qu’on soit toujours dans le point de vue des deux personnages. Je cherchais, sans montrer grand-chose, à ce que les gens sentent d’abord la douceur et que la violence rentre dedans. Pour le reste du film, je désirais quelque chose d’assez soyeux. Puis, il y a la tempête, c’est un “statement” visuel. Elle fait que tout est blanc, un peu “washé”. Il y a peu de couleurs et ça rend tout un peu confus.

Justement, l’hiver a été immortalisé à plusieurs reprises dans le cinéma québécois. Qu’évoque-t-il pour vous ?

C’est un liant. C’est quelque chose qui fait en sorte que les gens font preuve de plus de solidarité. C’est ce que montre la scène où deux personnages vont en aider un autre à pousser une voiture. Aussi, c’est rare que je vois des tempêtes de neige satisfaisantes à l’écran. Je voulais recréer une tempête qu’un Québécois allait pouvoir reconnaître. Celle-ci nous a pris onze jours à tourner et nous a coûté un demi-million de dollars.

Le film parle aussi de cinéma. Vous nous transportez sur un plateau de tournage à Paris où est filmée une scène de meurtre.

Ça revient souvent avec moi. J’aime les miroirs, les mises en abyme. Je voulais m’amuser et comparer les deux scènes de meurtre. [...] Il y a aussi une petite vengeance d’acteur [dans une des scènes] quand le réalisateur dit qu’ils n’ont pas le temps de répéter la scène. C’est classique ici au Québec, on n’a jamais le temps de le faire. Et ça donne ce que ça donne.

La notion de méchant est également explorée dans plusieurs de vos films. Ici, elle est même discutée entre deux personnages.

Ce n’est pas blanc ou noir. Dans Rédemptions, on comprend que Marcel a fait une crise cardiaque. Il était un tueur à gages, sa fille est née et il a commencé à avoir des problèmes à exercer son métier. Dans L’audition, c’est en quelque sorte le même schéma. Ici, c’est poussé plus loin. Et je crois à ça. Je pense que si tu aimes beaucoup, beaucoup, tu ne peux plus être un chien sale.

Le film se conclut sur un monologue de Josée (Sophie Desmarais) dans lequel elle parle de compassion et de solidarité. Diriez-vous que ces deux mots résument bien votre cinéma ?

Ça résume certainement ce film-ci. Il y a de ça aussi dans L’audition et Les rois mongols. Je me suis rendu compte que j’étais un peu fleur bleue. Je serais menteur de prétendre le contraire. Mais je ne me décrirais pas comme fleur bleue cheap, où je veux seulement montrer le beau. Je montre le laid, mais aussi qu’à travers le laid, il y a du beau.

Crédit photo : Éric Myre

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