Sauver Les Enfants De Nobody Knows 7 Questions a Nathan Ambrosioni

Sauver les enfants de Nobody Knows: 7 questions à Nathan Ambrosioni

16 janvier 2026
entrevue

Suzanne disparaît en pleine nuit en laissant Gaspard et Margaux, ses deux enfants, à sa sœur aînée Jeanne. Va-t-elle revenir? Et si oui, quand? Jeanne refuse de croire que cette disparition volontaire est permanente. Cette conviction, teintée d’incompréhension, forme le coeur de Les enfants vont bien (en salle vendredi), un film étrange et beau sur l’attente et la maternité résistante, réalisé par le Français Nathan Ambrosioni, 26 ans, à qui on doit déjà deux autres longs métrages: Les drapeaux de papier (2017) et plus récemment Toni, en famille (disponible gratuitement sur Télé-Québec).

À quoi résiste Jeanne? À la responsabilité de devenir tutrice, ou à l’idée que sa sœur pourrait ne pas revenir chercher ses enfants?

Elle ne peut pas concevoir que sa sœur soit partie. Faire les démarches pour demander l’autorité parentale, ça revient pour elle à accepter ce départ.

Vos trois films sont dans le registre intimiste. Est-ce un choix délibéré, ou par contrainte?

Les drapeaux de papier a été pensé modeste. J'avais 17 ans, pas de famille dans le cinéma, j’ai donc écrit un film avec plein de contraintes dans la tête, question de pouvoir le faire avec moins que rien. Ensuite, j’ai écrit un film d’horreur, qui finalement ne s’est pas fait. Je me suis alors dit qu’il fallait que je retourne vers quelque chose de plus intime. Ça a donné Toni, en famille, qui est en quelque sorte le miroir renversé de la famille que j’ai eu.

Et vous avez poursuivi dans la même veine avec Les enfants vont bien.

C’est le film le plus introspectif que j’ai fait, avec un rapport beaucoup plus intime au texte. Ce n'est pas autobiographique, mais c’est quand même beaucoup plus personnel. Les familles dysfonctionnelles et ce rapport à l'absence, à la responsabilité, ça résonne chez moi.

Toni, en famille raconte l’émancipation d’une mère par rapport à ses enfants, tandis que ce film-ci procède du mouvement inverse: une célibataire émancipée contrainte d’endosser un rôle de mère de substitution.

En fait, je voulais explorer trois figures, qui ont un rapport ambigu avec la maternité. Une [Suzanne, jouée par Juliette Armanet] qui abandonne ses enfants. Une autre [Jeanne, Camille Cottin] qui ne se reconnaît pas du tout dans cette envie. Et une autre [Nicole, l’ex-amoureuse de Jeanne, jouée par Monia Chokri] qui souhaite devenir mère. Ces rapports à la maternité m’intéressent parce que celui de ma mère avec sa propre maternité est complexe et j’avais l’impression de ne pas le voir souvent représenté au cinéma.

En voyant votre film, on pense bien sûr à Kramer contre Kramer, mais aussi aux films de Hirokazu Kore-eda.

C’est mon réalisateur préféré. Maborosi, Still Walking, Tel père, tel fils... J’adore Nobody Knows, qui est une influence directe. Je l’ai vu à 16 ans et il m’a tellement heurté. Il me hante et je n’arrête pas de le revoir. Je voulais que Les enfants vont bien en fasse une sorte de relecture, plus rassurante, parce que dans Nobody Knows, les enfants sont livrés à eux-mêmes, l’un d’entre eux meurt, la fin est terrible.

On pourrait penser que vous avez voulu le conjurer.

Je me suis surtout demandé quel film ça aurait donné s’il y avait eu quelqu’un pour protéger les enfants. S’ils n’avaient pas été tout seuls. Une autre référence pour moi, c’est Au revoir les enfants. Il y a dans ce film que j’adore un travelling sur un enfant dans la baignoire qui m’a tellement marqué, pour l’intériorité de ce petit garçon. Le titre de mon film est d’ailleurs une référence à celui de Louis Malle.

Est-ce en voyant des films que le goût d’en faire vous est venu?

Oui. Adolescent, je regardais des films d’horreur et ça me passionnait. Je voulais comprendre comment on faisait peur aux gens. Il y a eu chez moi la passion d’être un spectateur avant celle d’être un fabricant. Je regarde tout le temps des films, un par jour depuis mes 12 ans à peu près. Je trouve qu’on développe tellement de choses en regardant les films des autres.

Propos recueillis en novembre 2025, dans le cadre de la visite de Nathan Ambrosioni durant le Festival de cinéma francophone Cinemania.

Crédit photo : Yagub Photography

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