Les 25 Ans Du Cinema Beaubien Entrevue Cinephile Avec Son Directeur De La Programmation Jean Francois Lamarche

Les 25 ans du Cinéma Beaubien : entrevue cinéphile avec son directeur de la programmation, Jean-François Lamarche.

12 septembre 2026
entrevue

Le Cinéma Beaubien célèbre jusqu’en décembre son 25e anniversaire. Alors que l’équipe s’apprête à lancer le bal avec diverses projections et activités spéciales — dont une fête de quartier (L’été qui reste) les 18 et 19 septembre, Mediafilm revisite les films qui ont marqué l’histoire de ce cinéma indépendant montréalais à travers le regard de Jean-François Lamarche, directeur de la programmation depuis 2006. Entretien.

Quel film vous a le plus surpris par la réaction du public ?

Les ovations à répétition à la fin de presque toutes les séances du documentaire Ennio de Giuseppe Tornatore en 2022. Ça démontre bien le pouvoir du cinéma en salle et l'aspect communautaire de celle-ci. Magique.

Quel film vous ramène instantanément à votre première année comme directeur de la programmation?

Demain de Mélanie Laurent et Cyril Dion, qui a gardé l'affiche 21 semaines. Ça reste encore le documentaire avec la plus grande assistance au Beaubien. Je ne pensais pas, à l'époque, qu'un film pouvait rester aussi longtemps à l'affiche.

Quel film vous a donné le sentiment d'avoir fait découvrir quelque chose au public?

Récemment, nous avons programmé le film Rue Málaga de Maryam Touzani. J'ai vu le film au TIFF en 2025. Ce fut un coup de cœur immédiat et je savais que ce film, et surtout, la performance de la grande Carmen Maura, allait rejoindre la clientèle du Beaubien. Il a finalement gardé l'affiche tout l'été 2026.

Quel film avez-vous défendu à l'époque et qui vous semble encore aujourd'hui être l'un de vos meilleurs choix de programmation?

The Square, la Palme d'or de Ruben Östlund de 2017. Immense coup de cœur pour ce film à Cannes. Nous l'avions mis en couverture de notre magazine. Ce n'est pas un film aimable mais il y a des scènes tellement fortes et des idées très originales qui ont su intéresser notre public. J'étais très content de voir son succès...et de voir Östlund gagner une deuxième Palme avec Triangle of Sadness, cinq ans plus tard.

Quel film québécois mériterait d'être redécouvert par le public aujourd'hui?

Dans la sélection de films pour souligner nos 25 ans, je pense que celui que j'ai plus hâte de revoir avec le public est Tu dors Nicole de Stéphane Lafleur, un de nos meilleurs cinéastes et aussi auteur-compositeur, avec son groupe Avec pas d'casque. Je suis un grand fan de son cinéma et de sa musique.

Quel film a provoqué la plus grande surprise au box-office du Beaubien?

Le plus grand succès au box office du Beaubien est Parasite de Bong Joon-ho. Avec une Palme d'Or et son Oscar du meilleur film, ça démontre bien la cinéphilie de notre clientèle!

Quel film vous a le plus surpris par sa longévité en salle?

Récemment, c'est le film japonais de Wim Wenders Perfect Days, qui est resté à l'affiche du 16 février au 22 août 2024. Un record de 27 semaines, plus de la moitié d'une année !

Quel film est devenu indissociable du Cinéma Beaubien ?

Incendies de Denis Villeneuve est un des premiers gros succès au box office. Un grand film devenu un classique du cinéma québécois. On l'aime Denis, on aimerait tellement qu'il revienne faire un film au Québec.

Quel film représente pour vous le mieux l'évolution de la cinéphilie montréalaise depuis 2001 ?

Plusieurs femmes cinéastes ont connu des carrières phénoménales lors de ces 25 dernières années; Sophie Dupuis, Anaïs Barbeau-Lavalette, Anne Émond, Chloé Robichaud, Geneviève Dulude-De Celles, Monia Chokri et j'en passe. Ces jeunes cinéastes ont su apporter un renouveau et une fraîcheur à notre cinématographie. Pour moi, un des films le plus emblématique de cette période est Antigone de Sophie Deraspe. Une adaptation du mythe de Sophocle, brillamment interprétée par Nahéma Ricci, qui traite d'injustice, d'immigration, de profilage racial et d’engagement de la jeunesse. C'est encore un des films les plus populaires auprès de nos groupes scolaires.

Quel film vous a donné votre plus grande leçon d'humilité comme programmateur?

Les Rose de Félix Rose. Ce documentaire personnel et percutant, sur les événements de la crise d'octobre, est sorti en plein pendant la pandémie, entre deux fermetures, en 2020. Je l'avais programmé dans une salle de 68 places mais avec les mesures sanitaires de distanciation, nous avions seulement 30 sièges de disponible. Toutes les séances étaient complètes lors de la première semaine. Il était impossible pour nous de changer de salle. Je m'en mord encore les doigts.

Quel film avez-vous rêvé de programmer au Beaubien sans jamais réussir à l’avoir?

C'est le film russe La femme de Tchaïkovski de Kirill Serebrennikov. C'est un film intimiste qui explore la démence, la passion obsessionnelle et le sacrifice de la condition féminine face au génie artistique, porté par l'interprétation magistrale d'Aliona Mikhaïlova. En 2022, c'était le début de l'invasion de la Russie en Ukraine. Les distributeurs nord-américains, avec raison, n'ont pas acheté le film pour une sortie sur notre territoire.

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