Elsa Zylberstein Dans Le Retroviseur

Elsa Zylberstein dans le rétroviseur

5 mai 2026
entrevue

Dans la satire féministe C’était mieux demain, à l’affiche le 8 mai, Elsa Zylberstein interprète une femme au foyer des années 1950, propulsée avec son mari (Didier Bourdon) dans le monde moderne.

Cathy dans Van Gogh de Maurice Pialat (1991)

J’avais 19 ans. Quelqu’un m’a dit que Maurice allait prendre quelqu’un d’autre pour jouer la prostituée. On m’a donné une feuille. Maurice m’a dit “n’apprend pas, c’est comme ça qu’on devient mauvaise”. J’ai quand même regardé la première phrase pour la lui dire. Il m’a regardée dans les yeux et m’a dit que j’avais le rôle. On m’a mis une robe rouge, on m’a poussée devant la caméra et j’ai dit ma réplique à [Jacques] Dutronc. J’ai tourné pendant un mois. Le film est allé à Cannes et j’ai été nommée aux César. Ma vie a basculé à ce moment.

Frédérique dans Beau fixe de Christian Vincent (1992)

J’adore ce film, mais le tournage a été moins facile pour moi. Avec Pialat, je balbutiais, je découvrais mes talents d’actrice. Et on était très libres. Là, il fallait s’arrêter sur sa marque, dire nos phrases, comme c’est le cas la plupart du temps. Mais je n’avais pas fait ça encore. Alors, il m’a fallu apprivoiser mon art.

Ethel dans Mina Tannenbaum de Martine Dugowson (1994)

C’est un film qui a marqué une génération et qui a rencontré un gros succès. Ça a été aussi une grande rencontre avec Martine Dugowson. On a également fait Portraits chinois et Les fantômes de Louba. Je rêve de refaire un film avec Romane [Bohringer] ou avec Martine.

Suzanne Valadon dans Lautrec de Roger Planchon (1998)

J’adore les films d’époque. C’était mon deuxième film sur les peintres [après Van Gogh]. Valadon était un personnage passionnant. Elle a été modèle pour Renoir, Lautrec et elle-même était peintre aussi. C’était jouissif et très vibrant.

C’était un grand rôle que Philippe a écrit pour moi et Kristin Scott Thomas. J’ai obtenu le César du meilleur second rôle pour ce film. On a obtenu le BAFTA du meilleur film étranger, on a décroché quatre nominations aux Golden Globes, on est allé à Telluride. Ça a été une longue route et une merveilleuse expérience. C’est aussi un grand moment dans ma carrière d’actrice.

Simone Veil dans Simone - Le voyage du siècle de Olivier Dahan (2022)

C’est un film que j’ai développé moi-même. Je suis allée chercher Olivier Dahan. On a enregistré 2,5 millions d’entrées. Ce fut aussi un énorme moment dans ma vie d’actrice. C’est un des rôles dont je suis le plus fière. J’ai travaillé pendant huit mois. J’ai pris dix kilos. J’ai dû trouver son côté intime, sa profondeur. J’ai dû trouver cette force. Et ce fut une des plus grandes satisfactions de ma carrière, de savoir que je pouvais aller jusque-là : trouver ma version d’elle, jusque dans la manière qu’elle respire, parle, marche, mange. Mais c’était mon interprétation d’elle.

Lorsqu’on aborde un rôle, il faut se poser les questions de base. Qui est-elle ? Que veut-elle réellement ? Est-elle heureuse ? Aime-t-elle son mari ? [...] Dans les meilleures comédies, il y a du drame et il y a de la vérité. On me dit souvent que j’ai un sens de la comédie. Je n’aime pas. J’ai plutôt un sens du timing. Je ne laisse pas un temps pour que ça fasse son effet. Quand c’est viscéral et qu’on est dans une vérité, on laisse le temps parce qu’il faut reprendre son souffle. C’est tout.

Cette entrevue a été réalisée dans le cadre des Rendez-vous d’Unifrance à Paris.

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