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2024-04-13 Frédéric Bouchard

Rigoler en temps obscurs : entretien avec Olivier Nakache

Après Intouchables, Le sens de la fête et Hors normes, Éric Toledano et Olivier Nakache abordent la surconsommation et le militantisme écologique Une année difficile, en salle au Québec le 12 avril.

Ils ont tourné avec Suzanne Clément et Guillaume Cyr. Dans Une année difficile, les deux réalisateurs français se sont entourés de Pio Marmaï et Jonathan Cohen. Ceux-ci campent deux lascars sur la corde raide qui rejoignent par opportunisme une association qui lutte contre le surendettement. Face à eux, Noémie Merlant s’érige comme figure de proue de cette communauté éco-anxieuse tandis que Mathieu Amalric se glisse dans la peau d’un travailleur social souffrant lui-même de dépendance. Aux yeux des deux acolytes, notre époque est peut-être trouble, mais l’occasion est toujours bonne d’en rire.

Entrevue avec la moitié de ce tandem de feu, Olivier Nakache.

Avec l’entrée en matière de votre film — un montage de discours à la nation de divers présidents français annonçant “une année difficile” —, le premier constat que nous faisons est que plus ça change, plus c’est pareil.

Quand nous avons commencé ce montage des discours présidentiels, nous nous sommes demandés : “Pourquoi un président, en début d’année, nous dit que c’est difficile ou que ça le sera ?” Je n’ai pas forcément la réponse, mais ça soulève des questions. Nous ne prétendons pas donner des leçons. Par contre, ces questions, nous les posons au spectateur. Si ça peut déclencher chez lui le rire ou le sourire, ça nous va très bien.

Votre film aborde la surconsommation, mais aussi l’urgence d’agir contre le réchauffement climatique. Ce phénomène vous interpelle-t-il ?

Je pense que nous sommes tous interpellés, à part peut-être Donald Trump (rires). Nous savons tous que nous devons réduire notre bilan carbone et qu’il y a un changement à opérer. Puis, Éric et moi arrivons dans la cinquantaine. Nous avons des enfants qui grandissent et qui n’ont pas du tout les mêmes préoccupations que nous avions à leur âge.

Votre «marque de commerce» semble être les comédies populaires dans lesquelles nous retrouvons des sujets d’actualité. Peut-on rire de tout?

Georges Wolinski disait : “Le rire, c’est le chemin le plus court entre un homme et un autre”. Alors je pense que oui. Nous, tant que ça ne blesse pas les gens, nous pouvons tout faire pour interpeller [le spectateur]. Et ce film demeure un miroir de nous-mêmes. Nous nous moquons de nous aussi.

Que révèle la bienveillance que nous observons chez vos personnages ?

Je pense que nos films nous ressemblent, tout simplement. Nous nous faisons beaucoup dire : “Vous créez souvent des duos d’hommes”. Nous aimerions bien mettre en scène des duos de femmes, mais nous ne sommes peut-être pas bons pour le faire.

Dans votre filmographie, la liste des acteur.trice.s est impressionnante. De quelle manière se concrétisent vos collaborations avec les interprètes ? Font-ils la queue pour jouer dans vos films?

(Rires). En fait, nous pensons aux acteurs avant même de penser au film que nous allons réaliser. Parfois, ce sont eux qui génèrent les personnages. Dans le cas de Pio [Marmaï], nous avions envie de le voir dans les sous-sols de Roissy. Intouchables, nous l’avons écrit pour Omar [Sy], Le sens de la fête, pour Jean-Pierre Bacri. Avec Hors normes, ce sont Reda Kateb et Vincent Cassel qui nous ont dit : “Les gars, c’est magnifique votre histoire, écrivez-là.”

Pressentiez-vous qu’il y aurait des atomes crochus entre les trois acteurs principaux, mais aussi une chimie avec Mathieu Amalric ?

Non. C’est un pari. Après, notre travail est d’assurer une atmosphère bienveillante. Pio et Jonathan [Cohen] sont devenus très, très, très amis. Ça a cliqué tout de suite. Et Mathieu Amalric fait partie de ces acteurs qui nous faisaient rêver. C’est un interprète poétique incroyable.

Selon vous, quelle est la perception de votre cinéma en dehors de la France, mais aussi de la francophonie?

L’éclairage que nous procure le fait d’être hors de la France est toujours très enrichissant, notamment au Québec et au Canada. Éric et moi avons la sensation que les ponts entre les pays se rétrécissent et que les questions comme la précarité et la surconsommation sont devenues communes. Ce qui est aussi intéressant est de voir si les gens rient aux mêmes endroits. Et lorsque ça se marre, ce sont des paris gagnés.

Propos recueillis en septembre 2023 dans le cadre du Toronto International Film Festival (TIFF) par Alexandre Duguay.

Photo : Éric Toledano et Olivier Nakache Crédit : Manuel Moutier

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