Rembrandt Portrait D Une Crise Existentielle

Rembrandt : portrait d’une crise existentielle

24 octobre 2026
entrevue

Sept ans après Un peuple et son roi, Pierre Schoeller revient avec Rembrandt, exploration conjugale et existentielle d’une illumination sur fond d’éco-anxiété.

Le postulat du film s’inspire d’un sentiment que vous avez vous-même éprouvé ?

Ces toiles de Rembrandt, comme d'autres, m'ont beaucoup touché. J’y ai vu un certain rapport à l’humanité, à l’existence. On pourrait croire au syndrôme de Stendhal, mais ça n’est pas le cas. Ce que j’essaie de mettre à l’écran, et ce que j’ai ressenti, c’est la rencontre humaine avec ses figures [des tableaux].

Vous avez choisi de raconter un récit d’anticipation à travers l’intime.

L’intime est important parce qu’il permet de prendre à distance l’enjeu de la crise climatique. Claire n’est ni une activiste ni une lanceuse d’alertes. Elle suit une intuition, qui n’est pas du tout entendue par son mari, alors qu’ils étaient jusque-là dans une forme de fusion. Du coup, c’est aussi charnel. Le défi que j’avais était de rester dans l’intériorité du personnage sans rendre les choses trop concrètes et rationnelles. Il fallait que le spectateur soit aussi dans cet état d’intuition.

Claire devient alors une héroïne imprévisible et mystérieuse.

Chaque film a son propre rapport au spectateur. Celui-là renvoie le spectateur à lui-même, à ce qu’il ressent. Il n’est pas tout à fait explicite. Il a des parts de mystère. Qu’est-ce que le spectateur en fait ? Il veut combler, il veut savoir, il veut que les causalités soient dites et redites, surtout dans un moment d’inquiétude. Je l’invite, au contraire, à se laisser aller.

Rembrandt raconte aussi la crise d’un couple.

Il y a plein de manières de filmer le couple. Là, il y a quelque chose par rapport au contact. Ce que demande Claire à son mari est, oui, de la compréhension, mais surtout, de la confiance.

Vous intégrez la composante de la réalité virtuelle dans votre film. Est-ce aussi une manière pour vous d’aborder, visuellement, le futur… ou plutôt le présent ?

Le film fait se rencontrer un monde d’images fixes, conçues par l’homme, comme les toiles de Rembrandt, et un monde de virtualisation pour en générer d’autres. Ce n’est pas gratuit, les ingénieurs sont obligés de modéliser les choses au nucléaire parce que ce sont des énergies colossales. On ne peut pas faire d’applications empiriques. Je pense qu’aujourd’hui le cinéma est perdu dans toutes sortes de sources d’images, de durées, de formats.

Après Versailles, L’exercice de l’État et Un peuple et son roi, on constate que vos films abordent souvent des enjeux politiques ou sociaux.

C’est ce que j’aime. Ce n’est pas évident à faire. Il faut être au présent. Ce sont aussi des milieux que je ne connais pas. Il faut apprendre. Ça me passionne parce que j’essaie de trouver des histoires qui m’aident à mieux me positionner par rapport à ce que je vis.

Dans le film, le personnage interprété par Denis Podalydès dit avec beaucoup d’ironie : « Si tu veux résoudre la crise climatique, va au cinéma ».

Il a raison. Le film n’essaie pas de dire ce qu’il faut faire pour résoudre la crise climatique. Personne ne va la résoudre. Pour moi, ce sont des enjeux globaux. Par contre, les conséquences de la crise climatique sont intéressantes. Que vont devenir les villes ? Que va devenir l’alimentation ? Que vont devenir les mouvements de population ? Ça, ce sont de vraies questions. Elles sont posées au cinéma.

Propos recueillis dans le cadre des Rendez-vous d’Unifrance à Paris en janvier 2026.

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