Personnellement, j’ai été confrontée à cette maladie. J’ai perdu un jeune homme dans ma famille et je n’avais pas envie de raconter cette histoire. Je me suis alors demandée si je pouvais montrer un autre récit, plus beau, qui parle de résilience. Je ne trouvais pas nécessairement qu’il manquait un film comme celui-là, mais j’étais plutôt curieuse de ce point de départ dramatique, et voir si je pouvais l’amener vers la lumière. Comme je ne voulais pas montrer les aspects physiques de la maladie ni le combat, j’ai cherché à interroger ce que ça vient changer, transformer dans les premiers jours.

Dans Nino, son premier long métrage, à l’affiche le 16 janvier prochain, Pauline Loquès offre à Théodore Pellerin son premier grand rôle dans l’Hexagone. Rencontre.
Des films sur la maladie et le cancer, il y en a eu plusieurs. Quel regard souhaitiez-vous poser sur le sujet ?
Comment avez-vous réfléchi à la manière de filmer Paris ?
Ça fait peur parce qu’elle a beaucoup été filmée. Et Paris est écrasante, c’est-à-dire qu’elle est tellement belle que, dans un plan, elle peut éblouir tout le reste. Puis, de manière concrète, c’est de plus en plus difficile de la filmer, de filmer les gens, etc. J’aimais l’idée que ce soit Paris qui décide de son rythme, de sa météo et de son énergie du moment. On s’est laissés surprendre. [...] De plus, quand on s’attaque à des quartiers qui n’ont pas été trop montrés, comme les quartiers populaires, originairement très ouvriers, ça permet d’illustrer une nouvelle réalité.
Le film brosse également le portrait d’une certaine jeunesse. On n’a qu’à penser à la scène de la fête qui survient à la mi-parcours.
C’est une génération juste en dessous de la mienne. Elle me touche parce que c’est une génération post-COVID. J’approche les 40 ans. Ma génération est celle du Bataclan, c’est-à-dire qu’on a été très portés par une pulsion de vie. Oui, on a vécu un drame, mais on s’est rassemblés en terrasse à discuter et à se souder les uns avec les autres. La COVID a plutôt isolé les gens et créé une angoisse. Je trouve intéressant d’examiner cette peur de se lancer dans la vie. Ça peut paraître comme de la mollesse, mais moi, ça me touche. Ça passe aussi par les podcasts, les questionnements sur le travail, la paternité. [Ces jeunes] n’ont presque pas eu l’insouciance de la jeune vingtaine. Ils sont déjà dans des réflexions très intenses.
À ce titre, le personnage de Sofian, l’ami de Nino, réagit maladroitement à la nouvelle de son diagnostic. Mais au bout du compte, il est présent.
Sofian, c’est nous tous. C’est celui qui essaie de dire des choses avec de bonnes intentions, mais il rate son moment d’être à la hauteur. C’est ce qui est très beau dans le temps présent : certaines circonstances font que ça ne connecte pas. Et lui aussi, il a un dépassement de lui-même. Il est un peu craintif, il se surpasse pour venir aider son ami. Puis, je ne crois pas qu’il y ait de bons mots à dire. Tout tombe à côté. J’aimais également l’idée de montrer cette tendresse entre deux garçons.
On a beaucoup comparé votre film à Cléo de 5 à 7 d’Agnès Varda. Était-ce une influence dans votre démarche ?
J’ai découvert le film il y a environ une douzaine d’années. J’ai été fascinée par la modernité du film. J’ai relu le scénario pour Nino. Je ne me suis jamais dit que j’allais faire le “Cléo de 5 à 7 au masculin”. Mais je pense qu’on m’en parle à cause de la temporalité. Je me suis aussi dit que si on arrivait à montrer un personnage qui change en-dedans de deux heures, comme dans Cléo, c’était possible de le faire sur quatre jours.
Vous avez fait le choix de Théodore Pellerin pour interpréter le rôle-titre. Il s’agit de son premier grand rôle en France. Comment êtes-vous tombée sur lui ?
Lorsque je suis arrivée au casting, je croyais ne jamais trouver. Ma directrice de casting m’a ensuite suggéré cet acteur québécois de 25 ans, très grand, très pâle. Ce n’était pas du tout ce que je cherchais. Un soir, j’ai lancé Chien de garde. Après, j’ai regardé Genèse. J’ai tout regardé. Et j’ai demandé à le rencontrer afin de mieux connaître la personne qui était derrière tous ces rôles. Lorsqu’il est arrivé, j’ai su que c’était lui. Il était très proche du personnage avec cette grande pudeur, cette extrême élégance. Ce n’est pas quelqu’un qui a besoin d’extérioriser beaucoup de choses.
Au Québec, c’est aussi une première fois où on le découvre dans une composition aussi en retenue.
C’est un acteur très exigeant. J’essayais de lui faire atteindre une autre aire de jeu. En même temps, on a toujours envie de ça avec un acteur. Il était très désarmé, car je ne voulais pas qu’il compose. Je ne voulais pas qu’il joue l’hésitation, l’empêchement. Il portait tout ça en lui. Et il a eu la grande gentillesse de me faire confiance et de se laisser porter par les autres acteurs et actrices. Le résultat est très minimaliste, très intérieur.
Crédit photo : Lucie Baudinaud


