
Britt Lower, la bluffante vedette de la série Severance, et Tom Mercier, l’ex-soldat d’élite de Synonyms, partagent la vedette de Darkest Miriam, une douce romance torontoise teintée d’étrangeté de la Canadienne Naomi Jaye. Rencontre.
La forme de The Incident Report, le roman de Martha Bailie duquel le film est inspiré, est constituée de rapports d’incidents. Quel en était le potentiel cinématographique ?
Quand je suis tombée sur le livre, je ne me suis pas demandé de quelle manière j’allais le transposer à l’écran. Je suis simplement tombée amoureuse de ce texte. Je n’avais pas d’intention claire. C’était un sentiment que j’éprouvais face à l’histoire, l’univers et la voix du personnage. Le fait que la structure du livre soit composée de 144 rapports d’incidents nous offre de brèves incursions dans la vie de cette femme qui, au fil du temps, nous donne une image de son existence. Je me devais de ne pas bâtir une structure linéaire, car son récit ne l’est pas. Elle éprouve différentes émotions à différents instants.
La littérature est omniprésente dans le film. Comment éviter que le scénario - et le film - deviennent trop littéraires ?
Durant le processus d’adaptation, j’ai compris qu’il fallait séparer le livre du film. Comme j’adorais le roman, c’était très difficile à faire. Je crois avoir réussi à m’en détacher. En postproduction, l’idée du manuscrit est revenue avec l’ajout de chapitres. Il y a aussi plusieurs endroits dans la trame sonore où on entend des pages qui se tournent ou encore des sons de livres qui tombent.
La perte, le deuil et la solitude sont des thèmes qui sont couramment abordés au cinéma. De quelle manière souhaitiez-vous les mettre en scène ?
Je n’aborde pas le cinéma comme un médium d’intentions. C’est plutôt le contraire. Je visualise ou j’entends des éléments très clairement. Je sais ce que je veux faire et la manière dont je veux concrétiser ces choses. Éventuellement, des thèmes émergent. Je peux les dégager après coup. [...] J’ai récemment entamé un doctorat et je m’intéresse beaucoup au processus créatif de l’artiste et au rôle que le corps y joue. On doit l’écouter. Ça sonne un peu ésotérique, mais on réagit à certaines choses et ça nous guide dans la direction où l’on doit aller.
Il y a une délicatesse qui plane tout le long du film. Était-ce pour mieux refléter l’intériorité du personnage de Miriam ?
Elle est très occupée en-dedans d’elle. Elle est très engagée face aux autres et intéressée à ce qui se passe autour d’elle. Mais d’un point de vue extérieur, ce n’est pas ce que l’on perçoit. Elle semble assez réservée. La voix hors champ, son métier de bibliothécaire et la tranquillité de son environnement ajoutent à ce contraste entre sa personnalité et son engagement intellectuel.
Vous insufflez également une touche inquiétante et sinistre au film.
Miriam vit dans le passé. Ce passé, qui se vit au présent, lui semble très réel dans son quotidien. On vit tous avec cette impression ou ce souvenir de quelqu’un de notre passé, ce qui peut créer un sentiment angoissant. Pour plusieurs personnes, ça peut être une émotion très familière, et peut-être même réconfortante.
Darkest Miriam donne à voir la ville de Toronto sous un angle original.
On a tourné la grande majorité du film à Hamilton à environ 45 kilomètres de Toronto. Mais le livre et le film sont campés dans la succursale de la bibliothèque publique de Toronto à Allan Gardens. On a filmé toutes les séquences extérieures dans ce quartier. C’était essentiel pour moi. C’est un décor iconique, très torontois. Je ne voulais faire aucun compromis. Il y a un tas de productions américaines qui viennent s’établir et font passer Toronto pour différentes villes. Ça faisait du bien de mettre en valeur Toronto.
Comment en êtes-vous arrivé à travailler avec Britt Lower et Tom Mercier pour les rôles principaux ?
J’avais vu Tom Mercier dans la bande-annonce de Synonyms. Je le trouvais électrisant. Assez tôt, on a échangé sur le rôle. Dans le cas de Britt, on me l’a proposée. Je n’étais pas familière avec son travail alors j’ai regardé le premier épisode de Severance. La première scène, où elle se réveille dans la salle de conférence, m’a convaincue. Nous avons aussi beaucoup parlé de son personnage et pris le temps de répéter, ce qui a été très précieux avant de commencer le tournage. L’auteure du roman est aussi une bibliothécaire. Nous sommes allées à sa succursale, nous avons fait du vélo dans les rues de la ville, nous sommes allées dans des bibliothèques en milieu scolaire. Il fallait qu’elle s’imprègne au maximum de cet univers.
Photo : Britt Lower et Tom Mercier en tournage à Toronto avec la réalisatrice Naomi Jaye. Crédit : Dustin Rabin