C’est complètement intégré dans notre vie. Il y a toujours des projets de films. On voyage rarement sans caméra. Je traîne toujours des micros. On est toujours en train de s’aider. Pourtant, Robert et moi faisons des films très différents. On n’a jamais signé nos films ensemble. Ça ne m’a jamais traversé l’esprit. Nos sujets et nos préoccupations sont complètement différents. [...] Moi je fais des films de famille. J’ai envie de faire des films avec des gens proches de moi, avec des émotions. J’ai envie de parler d’injustices, de gens dont on ne se préoccupe jamais, et qu’on ne voit jamais à l’écran.

Dans le documentaire Mon amour, c’est pour le restant de mes jours, à l’affiche le 10 avril, André-Line Beauparlant braque l’objectif sur son partenaire de vie depuis plus de 30 ans, le cinéaste Robert Morin.
Dans le film, vous avancez et faites la démonstration que, pour Robert et vous, «la vie passe à travers les films». Comment cela se manifeste-t-il plus concrètement ?
Toujours dans le film, vous mentionnez que Robert et vous avez eu une influence mutuelle sur vos démarches ? De quelle manière cela s’incarne-t-il plus exactement ?
Pour moi, [ça s’est incarné dans] le fait de faire ce film toute seule, avec notre caméra et le matériel qu’on s’est acheté. Il m’a donné confiance. Sa détermination m’a influencée. [...] Robert serait sûrement mieux placé pour dire de quelle manière je l’ai influencé. Mais je ne sais pas s'il aurait réalisé Petit Pow! Pow! Noël si je n’avais fait Le petit Jésus, par exemple, avec cette ouverture et cette manière d’aller dans l’intime.
Quel documentaire biographique a aidé à préparer Mon amour, c’est pour le restant de mes jours ?
Je n’en ai pas trouvé. Peut-être que j’ai mal regardé. Je me disais qu’il fallait que j’en regarde. L’idée est d’avoir une forme qui ressemble à Robert. [...] Je voulais jouer avec son cinéma. Ce n’est pas un portrait de Robert Morin. Je voulais que le film lui ressemble. Qu’il soit un peu chaotique, échevelé et poétique, comme Robert. Évidemment, tout ça est fait à ma façon. J’ai choisi les extraits. Certains films sont là, d’autres non. Ça permet de voir son génie, sa façon unique de faire du cinéma. Il s’est frotté à plein de genres de films différents. Comme il dit : il a peur de tout, sauf lorsqu’il a une caméra dans les mains.
Dans le film, vous affirmez que le cinéma de Robert Morin n’est pas assez reconnu. Selon vous, quel long métrage de sa filmographie mériterait d’être davantage apprécié ?
Il y en a plusieurs, mais Festin boréal n’a pas eu son espace. Il n’a pas voyagé à l’étranger. Selon moi, c’est un film majeur. Il n’y a aucune narration. On ne fait qu’observer la vie. C’est génial.
Quelle a été votre collaboration la plus marquante avec Robert Morin ?
On a fait Petit Pow! Pow! Noël, les deux seuls avec son père dans sa chambre d’hôtel. C’était quand même très intense. Quand je l’ai rencontré, on a fini Yes Sir! Madame… ensemble. C’était le début de notre collaboration et ce fut très marquant. À la façon de Robert, j’apprenais à faire plein de choses à ses côtés pour qu’il termine son film. Et je l’ai rencontré sur Windigo, un autre film très marquant. Il y a aussi Le nèg. C’était capoté, ce qu’on a créé visuellement. Ce visuel représente aussi notre rencontre, je dirais.
De quel projet êtes-vous la plus fière en tant que conceptrice visuelle ?
Chaque fois, je suis devenue la spécialiste d’un univers que je ne connaissais pas. Je suis devenue une bergère, une viking et j’ai fait la guerre avec Denis Villeneuve au Moyen-Orient. Je suis très chanceuse. J’ai travaillé sur de très beaux films. Mon CV est rempli de magnifiques films, que ce soit Gaz Bar Blues ou Les affamés, ce sont tous des projets dont je suis tellement fière.
Quel est celui qui a présenté le plus grand défi ?
Incendies, c’était costaud. C’est difficile de réaliser un film à l’étranger. Il faut aimer être déstabilisé. Le département artistique est le plus gros département sur un plateau. Quand on ne parle pas la même langue que les gens autour de soi, on perd un peu ses repères. Puis, Bergers a été difficile. Il fallait que je convainque 3000 moutons de me suivre, sur la montagne, à l’heure que je voulais. Ce sont des défis fous que j’ai adoré relever.


