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2024-04-16 Martin Bilodeau

L’amour, la peur et Henry James: entretien avec Bertrand Bonello

La Bête raconte, à trois époques différentes, la romance impossible entre un homme et une femme que l’amour aurait dû souder, mais que la peur a divisés.

Dans un futur proche dominé par l’intelligence artificielle, une jeune femme doit nettoyer son ADN de toutes ses émotions en revisitant ses souvenirs d’un homme qu’elle a connu sous différentes incarnations, en 1910, 2014 et 2044. Pour ce pas-de-deux à travers le temps, adapté librement d’une nouvelle d’Henry James, Bertrand Bonello a réuni à l’écran Léa Seydoux (La vie d’Adèle, Juste la fin du monde, France) et George MacKay (Pride, 1917), ce dernier en remplacement de Gaspard Ulliel, décédé à la veille du tournage. Rencontre.

Henry James (1843-1916) a-t-il encore quelque chose à dire dans le monde contemporain?

Oui, je pense que les très grands auteurs, surtout ceux qui s'attachent à l'âme humaine, traversent les époques. Dans son cas à lui, on n’a qu’à changer les dates.

Qu’est-ce qui vous a attiré dans sa nouvelle La bête dans la jungle?

D'abord, je trouve que Henry James est un génie de l'âme humaine, qui est l'essence même du mélodrame. Il y a au cœur de cette nouvelle une tension entre deux sentiments: la peur et l'amour. Quand on est fou amoureux, on est hanté par la peur de perdre. Ces deux sentiments vont très bien ensemble et j'ai voulu pousser le curseur, en allant même jusqu'à une sorte de cinéma de la peur, puisque la partie de Los Angeles est un peu un slasher. [...] La peur nous force à être aux aguets, donc à être attentif aux mouvements du monde.

Trois époques, deux acteurs, un fil continu. Quel a été votre plus grand défi?

Rester toujours dans le même film. Arriver à imbriquer les trois époques, en travaillant un élément ici qui va ensuite raisonner là, etc. Ne pas arriver à avoir trois personnages mais un seul. Faire en sorte que la Gabrielle de 2044 soit l'addition inconsciente des deux autres.

Léa Seydoux a-t-elle pour vous un visage de film d'époque ou un visage de cinéma contemporain?

Elle possède une modernité dingue.

À quoi ça tient, d'après vous?

Je n’en sais rien, je préfère ne pas le savoir. Quand je la regarde, c'est ce que je vois. Comme Romy Schneider, elle a un visage-écran. On la voit penser, on voit à travers. C'est inconscient de sa part. C'est son don, son talent, c'est ce qu'elle est et aussi ce qu'elle donne.

Le rôle principal masculin devait être tenu par Gaspard Ulliel. J'imagine qu'une tragédie comme celle de son décès, survenu peu avant le début du tournage, a tout remis en question?

On était à deux doigts de commencer à tourner. Au-delà du chagrin personnel, j’avais derrière moi toute une équipe qui me regardait très gentiment en me disant: qu'est ce que tu veux faire?

Avez-vous songé abandonner le projet?

Non. Même la mère de Gaspard m'a dit: “Tu ne peux pas abandonner le film”. Tout le monde m’a attendu. Léa a annulé tous ses projets et m'a dit: Je serai là quand tu veux. Très vite, la décision a été prise de ne pas remplacer Gaspard par un acteur français. Pour éviter la comparaison. Et puis pour moi, ça n'aurait pas été envisageable. Il fallait que je rende le film à nouveau possible à mes yeux, et c'est George [McKay] qui l'a permis.

Il est excellent…

Oui, il est incroyable. Souvent, les acteurs sont bons, mais on voit les cannes, les béquilles, les machins et tout ça. Là, je ne voyais rien. Je faisais souvent une deuxième prise, juste par principe, quoi!

Crédit photo : Carole Bethuel

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