Les gens sont morbidement attirés par le meurtre, le secret et le mensonge. Un roman policier contient ces trois éléments, ainsi que la recherche de la vérité. Ces ingrédients sont excitants pour les lecteurs, puis, au cinéma, pour les spectateurs. On aime que les menteurs soient punis et que les coupables soient démasqués.

Après Jean Renoir, Maurice Tourneur et Patrice Leconte, c’est au tour de Pascal Bonitzer (Rien sur Robert, Le tableau volé) de porter à l’écran une enquête du commissaire Maigret. Dans Maigret le mort amoureux, à l’affiche le 20 mars, le cinéaste transpose au début des années 2000 l’action d’un vieux Simenon (“Maigret et les vieillards”) paru en 1960.
Il ne s’agit pas de votre premier film policier, puisque vous aviez auparavant adapté Agatha Christie dans Le grand alibi. Qu’est-ce qui fait, selon vous, la popularité du roman policier ?
Y a-t-il des codes à respecter ou à ne pas respecter lorsqu’on adapte un roman policier ?
Avec Maigret et le mort amoureux, j’ai eu l’impression de faire tout ce qu’il ne fallait pas faire. D’habitude, il faut beaucoup de rebondissements, de l’action, du suspense. J’ai choisi d’enlever tous ces éléments pour ne privilégier qu’une galerie de portraits et des dialogues. C’est déjà une espèce de transgression. J’ai aussi choisi un personnage d’enquêteur ancré dans les années 1930, 1940 et 1950 - même si le roman date de 1960 -, avec une femme qui lui fait la cuisine, qui est à la maison et ne semble pas avoir de travail. Ça peut paraître choquant aujourd’hui. Mais c’est ce qui m’amusait, d’aller délibérément à contre-courant de ce que devrait être l’adaptation d’un roman policier qui cherche à faire frissonner le public.
Qu’est-ce qui a mené à camper le récit dans le monde contemporain ?
Maigret est un personnage avec des valeurs du XXe siècle que je propulse au tout début du XXIe, avec le début des téléphones portables. Je voulais éviter Internet, les réseaux sociaux et le fait qu’aujourd’hui, toutes les enquêtes sont désormais confisquées par la police technique et scientifique, ce qui va à l’encontre des enquêtes psychologiques qui sont la marque de celles de Maigret. Je ne voulais pas que ce soit un film d’époque. Je souhaitais qu’on ait un Maigret qui ne soit pas ancré, vissé dans l’époque de Simenon.
Quelle couleur souhaitiez-vous donner à ce personnage iconique qui, rappelons-le, apparaît dans 75 romans de Georges Simenon?
Je le voulais un petit peu paradoxal. D’une part, il est confronté à des gens issus de l’aristocratie dont les valeurs sont plutôt héritées du XIXe siècle. De l’autre, il est propulsé dans le XXIe siècle, avec des transformations auxquelles il résiste. Il représente une espèce de boussole dans un monde, le nôtre, où on ne sait plus ce qui peut se passer demain, dans trois jours ou deux heures. Les changements sont tellement rapides et effrayants qu’on ne sait plus à quoi se raccrocher. Ce Maigret peut alors servir de repère.
En quoi le choix de Denis Podalydès pour interpréter Maigret nourrissait cette idée ?
Ça vient du désir de décaler un petit peu la figure de Maigret. On pense qu’il faut toujours la faire jouer par un acteur plutôt grand et corpulent. Là, il ne l’est pas. En même temps, c’est un décalage qui ne fait pas complètement bouger son image puisqu’il a gardé le chapeau, la pipe et son flegme.
Maigret s’exclame dans le film : “Je n’ai pas le temps d’avoir de l’humour”. Pourtant, avec le film, vous prenez le temps d’en intégrer.
J’essaie de mettre un tout petit peu d’humour dans les films que je fais. Je ne pense pas qu’ils soient caractérisés par un humour excessif. Maigret a surtout de l’ironie.
Quelle est votre adaptation préférée des romans avec le commissaire Maigret ?
L’un des Maigret que je préfère, même s’il est mutilé, c’est La nuit du carrefour de Jean Renoir avec Pierre Renoir. Il y a une poésie qu’on ne trouve pas souvent dans les autres. De plus, les romans avec Maigret de l’avant-guerre sont caractérisés par le fait que les titres ne contiennent pas le nom du personnage.
Crédit photo : Marie Rouge


