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iamge nouvelles
2019-11-08

Sophie Deraspe, foudroyée par Antigone

Le cinquième long-métrage de la Québécoise Sophie Deraspe prend l’affiche au Québec aujourd’hui! Le film a obtenu le Prix du meilleur film canadien au TIFF 2019 et a été choisi pour représenter le Canada dans la course aux Oscars. Nous lui avons parlé! 

 

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’adapter le texte de Sophocle de façon contemporaine? 

 

Je l’ai lu quand j’étais étudiante en littérature, et cette lecture m’a foudroyée. En fait, j’ai d’abord lu le texte de Jean Anouilh puis celui de Sophocle dès le lendemain. Je trouvais ça tellement incroyable que ce personnage-là ait été écrit il y a 2000 ans et qu’il possède encore aujourd’hui une telle force, un tel élan d’intégrité et d’intelligence. Antigone me fascine complètement et est restée depuis dans un coin de ma tête et de mon coeur. 

 

C’est l’affaire Villanueva en 2008 qui a servi d’étincelle. Le jeune Fredy Villanueva a été abattu par la police à Montréal, son frère aîné avait des démêlés avec la justice, était menacé de déportation. Toute cette famille vivait une tragédie, et je me suis dit : pourquoi ne pas se servir d’Antigone, de ce personnage qui veut sauver ce qui reste de sa famille, pour parler d’une situation comme celle-là? 

 

On retrouve en plus des thématiques qui vous sont chères : l’exploration d’une figure féminine, la quête identitaire, la mort… De quelle façon vous êtes-vous réapproprié le texte? 

 

Après cinq longs-métrages, je commence à voir qu’il y a certains thèmes qui reviennent, notamment celui de la communauté, qu’elle soit de sang ou d’affinité. Bon nombre de mes personnages recherchent tant cette communauté-là qu’un sens à la vie, sur le pourquoi on est là. 

 

Dans mon film, l’action n’est pas de permettre à son frère décédé d’avoir une sépulture mais de permettre son évasion. Il y a quand même cette même idée de lui offrir une liberté. On retrouve aussi la confrontation avec les figures d’autorité qui sont ici la justice, la police, le système carcéral. L’oracle est devenu une psychiatre… Le film est de l’ordre de la fable, du conte mais s’inscrit dans un grand réalisme social. Je voulais avant tout que le spectateur croit aux relations au sein de la famille, pour qu’il puisse ensuite adhérer aux  choix de la protagoniste. 

 

Le film résonne beaucoup chez les spectateurs. Éloges au TIFF, premières projections à guichets fermés, bonne réception du jeune public dans le cadre de CinÉcole. Pourquoi à votre avis? 

 

Je pense que ce sont pour les mêmes raisons que moi à l’époque. Antigone est une figure jeune, loin de tout ce que l’on peut associer au pouvoir : l’argent, les relations, l’appartenance à une famille importante. Elle n’a pas d’armée non plus. 

 

Qui plus est, elle est une femme. Et par-dessus tout, elle possède tant de force, de courage, d’intelligence qu’elle devient un modèle. C’est une pure héroïne. On tourne le regard vers elle, et on ne peut que l’admirer. 

 

Le film qu’elle considère comme un chef d’oeuvre?

 

Sweet sixteen de Ken Loach. «Je l’avais en tête au moment d’écrire le scénario. Ce jeune homme prêt à tout pour sauver sa mère, même à devenir criminel. Je trouve qu’il y a quelque chose de déchirant et de noble dans ce drame.» 

 

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