Les enfants sont les adultes de demain. J’ai l’impression que la manière dont une société gère ses enfants en dit long sur cette société. Je n’avais aucune idée de ce que j’avais envie de raconter. C’est pour ça que je suis allée en immersion dans un hôpital. Je crois que les histoires et les personnages se trouvent dans les lieux. Ce qui m’a fort touchée est la prise en charge sociale, presque plus que médicale, et à quel point le rapport avec le parent peut être déterminant dans la guérison de l’enfant.

Deuxième long métrage de la Belge Laura Wandel, L’intérêt d’Adam prend l’affiche ce vendredi 28 août, après avoir été présenté à la Semaine de la critique du Festival de Cannes 2025.
Après Un monde, vous vous intéressez au thème de l’enfance, mais cette fois-ci dans un nouvel espace.
Votre dispositif comprend la caméra à l’épaule, le plan-séquence, le sentiment d'urgence. Qu’est-ce qui vous parle dans ce langage ?
J’étais dans cette position lorsque j’étais en observation, je suivais le personnel soignant de dos. Je crois que ça a guidé l’approche. En même temps, je me suis dit que c’était la meilleure manière d’immerger le spectateur, que ce soit une expérience physique et pas que intellectuelle. Je voulais que le spectateur soit pris avec cette infirmière dans son rythme et son urgence. C’est pareil pour le son. Un hôpital, c’est hyper bruyant. C’est impossible de se reposer quand on y est hospitalisé. Ça fait partie de la “violence” dans laquelle le personnel doit travailler.
On remarque également, en périphérie, que d’autres enfants cherchent à ne pas quitter l’aile pédiatrique. Est-ce qu’il n’y avait pas aussi une volonté de montrer l’hôpital comme un refuge pour certains enfants ?
Oui et non. En Belgique, il existe une particularité. Quand il n’y a plus de place dans les institutions et dans les familles d’accueil, les enfants sont placés dans les hôpitaux, même s’ils n’ont pas de problèmes médicaux. Il y a en plus à gérer. C’est un endroit qui peut être sécurisant, mais en même temps, par le manque de moyens, ça devient problématique : on est censé prendre soin d’eux et on finit par faire l’inverse. Et c’est ce contre quoi Lucy se bat. Elle se révolte contre un système qui ne fonctionne plus, qui ne met pas assez l’humain de l’avant.
À travers le personnage de Lucy, vous posez d’ailleurs cette question : jusqu’où peut-on aller dans le cadre de ses fonctions pour bien faire ?
C’est aussi un dilemme dont beaucoup de membres du personnel soignant m’ont fait part. Où est la limite ? C’est très compliqué. J’avais aussi envie d’apporter un côté sombre à Lucy dans cette volonté d’aider envers et contre tous cette mère. Ce n’est pas forcément une critique que je pose, mais Lucy joue presque de son pouvoir sur l’autre. Mais au moment où elle décide de lâcher prise, quelque chose peut se passer chez cette mère.
Vous avez de l’expérience pour diriger les enfants. Comment avez-vous travaillé avec les petits Alex et Jules Delsart qui interprètent Adam ?
On n’a pas répété. On est allés au parc et à la piscine avec Anamaria [Vartolomei] pour créer une proximité physique plus naturelle. Comme c’était leur première expérience, j’ai travaillé avec le même coach d’enfants que dans mon précédent film. On a travaillé des mois en amont avec eux. On leur expliquait simplement la scène et on leur demandait de la rejouer avec des Playmobils, afin qu’ils comprennent bien qu’il ne s’agissait pas d'eux, mais de personnages. On leur a aussi demandé de dessiner la scène. Au moment du tournage, ils ont pu se rappeler tout ce qu’on avait travaillé. Et je les dirigeais en direct. C’était toujours ludique et vivant.
Le film brosse également le portrait d’une mère qui doit accepter qu’elle a besoin d’aide.
Il me semble qu’on ne voit pas souvent au cinéma des mères défaillantes. Je voulais renvoyer le spectateur à ses propres limites. Au départ, il est dans le jugement. C’est pour cette raison que je n’explique pas pourquoi elle donne ce régime à son fils, ni pourquoi elle agit de la sorte. Ce qui est important pour moi est de montrer qu’elle est en fragilité, en détresse. Et elle a le droit. Lucy le ressent. Il faut arrêter avec ces visions de mères qui savent tout. C’est insupportable.
Propos recueillis en janvier 2026 dans le cadre des Rendez-vous d'Unifrance à Paris.


