Gourou Pierre Niney Sous Haute Influence

Gourou : Pierre Niney sous (haute) influence

29 janvier 2026
entrevue

Dans Gourou, à l’affiche ce vendredi 30 janvier, Pierre Niney interprète Mathieu «Matt» Vasseur, un coach de développement personnel rattrapé par la paranoïa lorsqu'un projet de loi menace de faire s’écrouler son empire.

Pierre Niney, vous êtes l’idéateur de Gourou. Quelle en a été la bougie d’allumage ?

Je voulais faire un film sur les orateurs et leurs capacités à convaincre, à persuader et à transcender les foules. Je trouvais qu’il n’y avait pas de films ni de figures dans l’histoire du cinéma là-dessus, alors que c’est un sujet millénaire et passionnant. Après, l’univers des coachs s’est imposé naturellement par la multiplication de ceux-ci, qui prétendent nous apprendre comment manger, faire du sport et devenir millionnaires en quelques mois.

Quels codes fallait-il emprunter pour rendre compte de cette crédibilité de coach à l’écran ?

J’ai beaucoup observé les coachs en Amérique et en France. L’idée était de travailler la syntaxe et les outils qui se rapprochent de la neuroscience. Coach Matt explique à ses spectateurs comment reprogrammer leur cerveau, comment ne pas céder à la «cheap dopamine». Après, il y a tout le langage corporel sur scène durant les séminaires. Il fallait travailler cette idée d’énergie débordante, d’une séduction du public, et de quelque chose de très performatif avec des lumières, de la musique.

Matt parle constamment de l’importance du storytelling. Ça se rapporte beaucoup à un concept typiquement de notre époque.

Il s’agissait de marquer où nous en sommes, à l’heure où beaucoup de gens se sentent détournés de la politique, de la religion. On a envie de nous faire un spectacle. Les émotions, les pulsions sont finalement plus vendeuses que la science et les faits avérés. Le film parle des coachs, mais aussi des hommes politiques d’aujourd’hui. De ce point de vue, c’est assez sociétal sur le règne des émotions, de la post-vérité.

Coach Matt est très ancré dans le monde d’aujourd’hui. Mais la figure de gourou précède les réseaux sociaux.

Tout est lié à l’idée que les êtres humains veulent toujours croire en quelque chose. C’est ce pourquoi on raconte des histoires à nos enfants. On les structure pour leur donner des repères moraux. C’est une nécessité d’admirer des gens pour se construire. Mais c’est aussi notre plus grande faiblesse, car parfois on veut croire à des tyrans, des dictateurs et des utopies...

De quelle manière s’est déroulé le tournage des séances de coaching avec la foule ? Faut-il tout donner à chaque prise avec autant d’énergie ?

J’ai commencé ma carrière au théâtre. Donc, le film m’a redonné le plaisir de la scène. Je jouais avec 500 figurants qui criaient, étaient en transe et se donnaient à fond. [...] Yann fait pas mal de prises et moi aussi j’aime bien creuser un personnage aussi ambigu. Parfois, il faut avoir de l’empathie, parfois moins. C’était un microdosage. Quand on est sur scène devant 500 personnes, c’est très dur de ne pas être à 100 %. Je ne sais pas si j’ai fait une prise à moins de 100 %. C’est le rôle le plus physique que j’ai joué.

Justement, on observe une grande considération accordée au physique chez Matt. On le voit prendre des bains glacés, s’entraîner. En quoi était-ce important d’insuffler ce rapport au corps dans le personnage ?

Ce coach vend du rêve et un certain idéal aux gens. La vitrine doit être attirante, séduisante. C’était important pour préparer le rôle d’aller à la salle, de me muscler, de travailler mon cardio pour les séminaires qui sont de véritables shows. J’adore quand on peut entrer dans un rôle par la porte du physique.

Y a-t-il un parallèle à faire entre le coaching et le métier d’acteur ?

Matt, c’est un showman, qui joue avec son image. Ce sont des points communs. Les métiers d’image au cinéma, quand c’est bien fait et bien écrit, c’est super. Parce qu’il y a de l’égo, mais aussi parce qu’il y a ce qu’on montre et ce qu’on cache. C’est pour cette raison, je pense, que les films sur les acteurs, les présentateurs télé et les politiciens, sont intéressants. Quand on regarde The White Lotus, c’est pour voir la vitrine des riches et ce qui se passe dans les coulisses aussi. L’être humain est toujours excité à l’idée qu’il y a quelque chose de caché, de secret. C’est ce qu’on a essayé de faire avec Gourou : donner accès aux coulisses du coaching.

Propos recueillis dans le cadre des Rendez-vous d’Unifrance à Paris.

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