C’est vrai que ce film n’est pas du tout dans la lignée de ce que j’ai fait précédemment, et de ce pour quoi on me connaît. Mais il est totalement aligné avec l’homme que je suis aujourd’hui. Abstraction faite de l’enquête policière, l’histoire de ce père à la croisée des chemins me parle tout particulièrement. Je me reconnais dans ce type. Sa violence, sa colère, sa dureté, sont en moi.

Le Français Thomas Ngijol s’autoproclame enfant de la télé et garde un souvenir précieux du premier film qu’il a vu au cinéma: L’histoire sans fin, de Wolfgang Petersen.
À la lumière de votre carrière d’acteur et d’humoriste, Indomptables peut sembler, à première vue, comme un pas de côté.
Pour employer une image parlante au Québec, votre personnage est-il un bon cop ou un bad cop?
On ne sait pas. C’est l’histoire d’un homme sur un fil, que le contexte camerounais rend encore plus complexe. En France ou au Québec, on départage facilement les bons des mauvais flics, parce que la loi est plus stricte. Là bas, c’est moins net. On ne parvient pas aux mêmes fins par les mêmes moyens. C’est ce qui fait qu’à nos yeux, il peut apparaître un peu limite. Dans sa réalité, il fait comme il peut. Est-ce que ça fait de lui une mauvaise personne? L’important pour moi était de ne jamais aller dans le jugement.
Avez-vous lu beaucoup de polars?
Ma femme en a lu beaucoup, moi j’en ai vu beaucoup. Le documentaire et le polar, c’est mon truc. Je regarde très peu de comédies, bien que je vienne de là. Moi, c’est la vie qui me fait rire, plus que les comédies.
Pouvez-vous me nommer quelques polars qui vous ont plu?
J’adore Memories of Murder de Bong Joon-ho. En faisant Indomptables, j’ai aussi beaucoup pensé à L’année du dragon, de Michael Cimino. Je ne veux pas repartir sur It, que j’ai regardé en entier encore une fois l’autre jour.
Est-ce que le goût du cinéma vous est venu en jouant pour d’autres, où l’aviez-vous déjà même avant d’être humoriste?
C’est un goût qui remonte aux années 1980. Donc à l’époque de la grand-messe du cinéma du dimanche soir. J’ai passé beaucoup de temps devant la télé, à une époque où il y avait peu de chaînes. Mais le cinéma est un endroit où on s’échappe. Dans mon éducation, le rêve n’avait pas trop sa place. Il fallait être concret, aller à l’école, apprendre un métier, obtenir un diplôme. J’ai commencé à me projeter dans ce rôle [de réalisateur] bien plus tard.
Plus concrètement, qu’est-ce qui vous y a conduit?
C’est la scène. L’écriture pour la scène. À un moment donné, même si sur scène on peut imaginer plein de choses, comme parler à un lion, à un moment donné on a envie de jouer face à d’autres. C’est ce désir qui m’a amené à l’écriture de la fiction, qui m’a amené à avoir un point de vue, qui m’a ensuite amené vers le cinéma.
Sachant que le cinéma africain rayonne peu de par le monde, est-ce que de faire un film en Afrique relevait pour vous d’un désir ou d’une responsabilité?
D’un désir. Qui est devenu une responsabilité. Au départ, j'avais l’impression d’en avoir un peu fini avec le jeu [d’acteur] et me demandais ce qui pourrait encore me faire vibrer. Ce sujet, j'avais envie de l’aborder, avant tout pour moi. Le besoin était viscéral. Je me sentais divisé entre mes enfants et mes parents. De faire ce film au Cameroun m’a permis de dire à mes enfants: papa vient de là. Et à mes parents: je ne vous oublie pas.


