7 Questions Cinephiles a Anais Barbeau Lavalette Et Veronique C Te

7 questions cinéphiles à Anaïs Barbeau-Lavalette et Véronique Côté

19 septembre 2026
entrevue

À l’affiche le 25 septembre, Pauline Julien : Femme pays, brosse le portrait impressionniste de l’autrice-compositrice-interprète québécoise sur près de trois décennies.

Quel biopic semble, selon vous, avoir trouvé la meilleure façon de faire exister une personne réelle à l’écran ?

Anaïs Barbeau-Lavalette : On a quand même vu beaucoup de films très, très sages. Ça nous a permis de pointer ce qu’on ne voulait pas faire. À vouloir trop raconter une vie, on tombe dans un film un peu lisse où les personnages sont placés sur des pieds d’estales. Ça nous éloigne d’eux au lieu de nous en rapprocher. On a vu des films moins classiques comme Barbara ou Thirty Two Short Films About Glenn Gould. Leur forme nous inspirait davantage.

Véronique Côté : Gainsbourg. Il y avait plus de liberté et on sentait le regard des créateurs. C’est plus signé.

Quel film à la structure narrative déconstruite a influencé votre travail à la scénarisation ?

Anaïs Barbeau-Lavalette : Spontanément, je pense au film Les ordres. Il y avait aussi The Tree of Life. Dans le processus, on s’est quand même rapidement dit qu’on fonctionnerait par fragments. On avait cette intuition pour être à la hauteur de Pauline, pour ressembler à ses éclats. Il fallait qu’on soit moins académique.

Quel film vous a appris qu’on pouvait raconter une vie sans tout raconter ?

Anaïs Barbeau-Lavalette : Beaucoup de films le font. Je pense que le piège des biographies est de tracer une vie avec des événements marquants. Une vie, ce n’est pas que des événements marquants. Une vie, c’est du quotidien, une façon d’habiter son corps, ce nous émerveille, ce qui nous fait peur.

Véronique Côté : Maestro. C’est l’un des films auquel on référait. Plusieurs choses nous ont nourri, comme la fluidité temporelle. De pouvoir passer d’une époque à une autre sans être coincé dans une chronologie. Anaïs disait de ne pas être en révérence devant l’époque.

À quel personnage féminin pensez-vous lorsqu’on parle d’un engagement qui devient une manière de vivre ?

Anaïs Barbeau-Lavalette : Je pense au super beau documentaire I Am Greta sur Greta Thunberg. Il n’idéalise pas. Et elle incarne tellement ses valeurs que c’en est douloureux. Pauline, ça se joue d’une autre façon. Elle a incarné ses valeurs jusqu’à la fin, en faisant le choix de sa propre mort. Il y a l’idée d’habiter ses idées jusqu’au bout.

Quel film ou quel personnage démontre que les mots sont un instrument de liberté ?

Anaïs Barbeau-Lavalette : Les bons débarras. Avec les mots de Réjean Ducharme et la petite qui les attrape et qui se libère, d’une certaine façon.

Quel couple au cinéma évoque pour vous à la fois la passion et l’engagement au même titre que Pauline Julien et Gérald Godin ?

Véronique Côté : Il y a peu d’exemples dans notre imaginaire collectif. Ils étaient complètement en dehors des conventions. Lorsqu’ils se sont rencontrés, elle avait dix ans de plus que lui. À l’époque, ce n’était pas si fréquent. Ils ont fait leur vie ensemble sans se marier. En plus, ils étaient dans une union plutôt libre. Ce n’était pas parfait, mais c’est ce qu’ils tentaient. Ils avaient l’amour, mais aussi, ils avaient ce projet commun qui les liait, un projet de pays. Ça incluait les droits des travailleurs, des femmes. C’était très large. Je ne vois pas d’autres exemples où le lien entre le politique et l’artistique est aussi étroit.

Quelle est votre performance la plus marquante de Suzanne Clément ?

Anaïs Barbeau-Lavalette : Je l’ai vu dans Le confessionnal de Robert Lepage alors que j’étais encore étudiante en cinéma. J’avais tout aimé. [...] J’ai l’impression qu’on connaissait très peu d’elle. Dans le sens où un rôle, c’est différentes couleurs. Parfois, ça peut être assez mince. Ici, elle embrasse une vie complète, à différents âges. Bien sûr, on découvre plein de choses. Elle était capable d’aller partout, mais on ne pouvait pas le savoir d’avance.

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